Le numérique responsable, socle d’un futur plus durable

Publié le 19 09 2022 | Mis à jour le 23 11 2022

Au rythme actuel de développement du numérique dans notre quotidien, la consommation énergétique des outils numériques pourrait doubler d’ici 2035, selon l’enquête annuelle "Pour un numérique soutenable" menée par l’Arcep. Les activités humaines ne sont pas sans impact sur l’environnement. Un état de fait contre lequel le "Prix Entreprendre pour demain" de la Fondation Sopra Steria-Institut de France entend bien lutter.

Entretien avec Inès Leonarduzzi, fondatrice et présidente de Digital For The Planet, auteure de « Réparer le futur, du numérique à l’écologie », directrice générale de MTArt Agency et marraine de l’édition 2022 du Prix Entreprendre pour demain.

Quel regard portez-vous sur les trois types de pollution numérique : environnementale, intellectuelle et sociétale ?

Le numérique fait partie des technologies qui nous permettent de mieux vivre aujourd’hui, à l’heure où nous sommes de plus en plus nombreux sur cette planète. C’est un outil merveilleux mais qui compte un certain nombre d’externalités négatives, sur le plan environnemental, intellectuel et cognitif, social et sociétal. Il importe alors d’appréhender ces impacts de manière interdépendante, tant ils sont tous étroitement liés les uns aux autres. Sans un projet sociétal commun ni un futur inspirant, nous n’avons plus aucune raison de protéger l’environnement. Voilà tout l’enjeu d’initier un numérique responsable. Et voilà pourquoi l’association entre la Fondation Sopra Steria-Institut de France et Digital For The Planet autour du Prix Entreprendre pour demain avait tout son sens.

Comment peut-on aider la tech à faire mieux demain, notamment afin de réduire l’impact environnemental de l’activité humaine ?

J’aime la comparaison que fait le philosophe français Bernard Stiegler entre le numérique et le pharmakon, ce terme issu du grec ancien qui a donné le mot « pharmacie » et qui désigne à la fois le poison, le remède et le bouc émissaire. Il existe d’innombrables façons d’utiliser la tech de la bonne manière mais paradoxalement, il faut arrêter de croire que, à l’image d’un médicament, le numérique est une solution à tous les enjeux.

Il est possible d’appréhender le sujet de deux façons : la “Tech for Green” et le “Green for Tech”. La première consiste à voir comment la technologie peut apporter un regard écologique sur la manière de fonctionner, comme dans l’agriculture par exemple, où l’intelligence artificielle permet de calculer la dose exacte d’eau à utiliser pour irriguer efficacement. La deuxième approche définit la manière dont on peut développer des outils qui permettent aux acteurs du numérique d’être plus écologiques. D’un côté, on assainit la technologie, et de l’autre, on utilise la tech pour assainir nos méthodes.

En quoi selon vous le Prix Entreprendre pour demain participe-t-il à cette ambition ?

Le Prix vise à promouvoir l’action en faveur de la solidarité et l’environnement. Son but est donc de mettre en avant la nouvelle garde du numérique responsable en incitant tout jeune citoyen à réfléchir à ces sujets, à l’instar de la startup Osiris Agriculture, lauréate 2022 dans la catégorie Jeunes Entrepreneurs. Pour motiver cette dynamique, la Fondation Sopra Steria-Institut de France n’a pas hésité à doter son Prix de moyens financiers et humains conséquents. J’ai participé à de nombreux concours et j’ai rarement vu autant de diversité et d’excellence parmi les membres d’un jury, composé notamment de membres de l’Académie des Sciences, comptant parmi les personnalités les plus émérites en France. J’ai ainsi vu des jeunes présenter leur projet devant des « sages », créant des débats très positifs. Cette approche trans-générationnelle constitue un point véritablement différenciant.

Le Prix Entreprendre pour demain pousse la jeunesse à réfléchir avec les bons codes et en récompensant cette réflexion, il s’attaque à l’enjeu cognitif du numérique. Au sein de Digital For The Planet, nous partageons totalement ce principe de créer des ponts, entre les générations, entre les personnalités, entre les secteurs… Notre ambition est d’exister pour les cent années à venir au minimum. Nous voulons devenir la Fédération internationale des droits de l’homme pour le numérique. Et représenter les citoyens implique de construire des ponts entre les sphères politique, économique et citoyenne pour rétablir la confiance. Voilà le futur de l’innovation : on ne peut plus se permettre de lancer des innovations qui sont le fruit d’accords entre lobbyistes et politiques, le citoyen doit revenir à la table des négociations.

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