Face au poids croissant du numérique : l’impératif de sobriété

À la croisée du débat entre technophiles et technophobes, le numérique apparaît, pour les premiers, comme un moyen d’achever le rêve transhumaniste d’arrachement à l’altérité et, pour les autres, comme l’un des symboles d’un consumérisme obscène sur le point d’épuiser les ressources (limitées) de la planète. Sortir de cette opposition vaine est pourtant aujourd’hui un enjeu majeur. Au-delà de son aspect consumériste qu’il faut contenir et réguler, la révolution numérique porte en elle un potentiel d’innovation et de rupture à orienter vers la lutte contre le changement climatique et les déplétions du vivant et des ressources.

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D’ailleurs, dans ses propositions visant à accompagner l’évolution du numérique pour réduire ses impacts environnementaux, la Convention citoyenne pour le climat affirme que « le numérique est un formidable levier pour la transition écologique et la lutte contre le changement climatique ». Elle  propose alors, dans l’incipit de ses propositions, que « d’ici à 2025 le numérique soit un moyen pour participer à la transition et pas un outil qui contribue toujours davantage à la hausse des émissions ».

À l’heure de l’Anthropocène, il semble nécessaire, dans un objectif de conservation de l’ensemble du vivant, d’adjoindre à nos organisations sociales le concept de sobriété. À la fois synonyme de « modération » ou « réserve », ce concept concerne toutes les strates de la société et tous les domaines d’activité, pour y diminuer des flux de matières et d’énergie en croissance structurelle associés au numérique.

En cela, la sobriété numérique pourrait se définir comme la prise en compte préalable du caractère non renouvelable des ressources mobilisées dans la fabrication, l’utilisation et la fin de vie des terminaux utilisateurs, infrastructures réseau et data centers, ainsi que la nécessité de gérer ce secteur de l’économie de façon raisonnée afin de le préserver pour les générations futures.

Le concept de sobriété numérique ne cherche donc en aucun cas à lutter contre les nouvelles technologies informatiques ; il s’agit plutôt de trouver un point médian entre un monde sans technologie et un autre qui serait entièrement digitalisé, en choisissant des innovations qui soient en adéquation avec les limites physiques de la planète et les perspectives émancipatrices offertes aux individus.

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