Il est urgent de parler d’éthique des robots et de l’intelligence artificielle

Entretien avec Laurence Devillers, professeure en Intelligence Artificielle et en affective computing à Sorbonne Université.

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Par une glaciale matinée de janvier 1966, le Pr Joseph Weizenbaum, informaticien au MIT (Massachusetts Institute of Technology), vient de marquer l’histoire, même s’il l’ignore encore. Après plusieurs années de conceptions et d’améliorations, le premier chatbot (robot logiciel pouvant dialoguer avec un individu par le biais d’un service de conversations automatisées) de l’histoire est créé. ELIZA, tel est le nom de son programme informatique.

Le chabot fut alors utilisé pour dialoguer par écrit avec des patients en psychothérapie. Son fonctionnement était extrêmement rudimentaire : ELIZA se contentait de reformuler les propos du patient, les transformait en question et ajoutait de temps à autre des phrases comme : « Je vous comprends ».

Résultat ? Les patients se sont progressivement attachés à ELIZA, au point de développer une forme de dépendance. C’est « l’effet ELIZA ». Pourtant, ce chatbot était incapable de répondre et se bornait à faire parler le patient en continu. Cette expérience, aussi terrible qu’instructive, a montré que dans la majorité des cas, le patient ne souhaite pas qu’on lui réponde, il veut simplement être écouté. Être écouté, à n’importe quel prix, fut-ce une simple illusion.

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