Le numérique peut-il devenir Low-tech ?

Face à l’épuisement des métaux et de l’énergie bon marché, ainsi qu’au monopole d’une poignée de multinationales, il est temps de reprendre le contrôle de nos outils numériques. Mais ceux-ci pourront-ils être jamais low-tech ?

Illustration : Marine Joumard

La Silicon Valley nous vend un futur où les voitures autonomes et les drones cohabiteront harmonieusement avec des piétons au nez chaussé de lunettes de réalité augmentée. L’industrie polluante aura cédé le pas à des services déma­térialisés et des moteurs électriques ­ronronnants. Et le numérique aura fait du monde « a better place »… Mais si ce n’était pas le cas ? « Nous avons été ­gâtés par toute cette énergie gratuite. La croissance actuelle de l’infrastructure d’internet n’est pas soutenable. Dans 50ans, nous serons heureux si nous pouvons encore utiliser les fonctionnalités basiques du réseau, comme consulter des sites web ou envoyer des e-mails », annonce Kris ­De ­Decker, journaliste et fondateur du site de référence Low-tech Magazine lancé en 2007.

Selon lui, internet tel que nous le connaissons ne dépassera pas le milieu de notre siècle. La faute à l’épuisement des gisements d’énergies fossiles et de matières premières. « Le fait est que nous sommes sur une trajectoire exponentielle en termesde pollution et de consommation d’énergie, explique ­Maxime ­Efoui, ingénieur au ­Shift ­Project et co-auteur d’un des (rares) rapports sur l’impact environnemental du numérique. Le numérique, ce n’est pas du virtuel, du nuage. Ou alors c’est un nuage de gaz à effet de serre… Si on compte les terminaux et toute l’infra­structure du réseau mondial, le secteur a doublé son impact depuis 2013 et ­représente 3 à 4 % des émissions, soit un peu plus que l’aviation. Et au rythme de croissance actuel, nous atteindrons 7 à 8% d’ici 2025. C’est autant que le secteur automobile ou ­l’Inde! »

La grande accélération

« Le numérique représente déjà 10% de la consommation électrique mondiale, et ça augmente à raison de 5 à 7% paran », renchérit ­Françoise ­Berthoud, ingénieure au CNRS et fondatrice du groupe de ­recherche EcoInfo qui se consacre à l’informatique responsable. Environ 30 % de cette consommation est imputable aux terminaux – les ordinateurs, téléphones et objets connectés ; 30 % provient des data centers et 40 % du réseau – les câbles sous-marins et les tours de téléphonie notamment.

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