Regards croisés : la sobriété numérique

​Xavier Verne, ingénieur-mathématicien, membre de The Shift Project et Emilie Viasnoff, directrice déléguée des programmes institutionnels de la recherche technologique au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), partagent leurs réflexions sur la sobriété numérique en interrogeant l’impact environnemental de nos usages.

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Cet article est extrait des Défis du CEA n°242.

Sobriété numérique : quelle prise de conscience ?

Xavier Verne : The Shift Project s’est organisé en 2016 pour se saisir des enjeux clés de la transition carbone visant à atténuer le réchauffement climatique. A cette époque, commençait à émerger le concept de « numérique vert », identifié par Green IT (communauté française des acteurs du numérique). En 2018, nous nous sommes emparés du sujet de la sobriété numérique en publiant des rapports conséquents. Et de l’avis de nos collègues américains, depuis lors, les sollicitations sur le sujet sont exponentielles ! J’espère qu’il ne s’agira pas d’un phénomène de mode car c’est une problématique de fond. Dans les années 1970, après les chocs pétroliers, les sociétés se sont notamment interrogées sur la consommation énergétique des bâtiments et ont mis en place des réglementations techniques. Le numérique est en train de vivre cette même prise de conscience.

Qu’en est-il ? En 2019, entre 3,5 et 4% des émissions mondiales de CO2 sont dues à la production et à l’utilisation du système numérique. De ce fait, nous pensons que l’introduction de toute technologie numérique doit faire l’objet d’une réflexion, combien même elle œuvre à diminuer une consommation énergétique ou à réduire les émissions carbonées. Car le numérique, tel qu’il est conçu et utilisé aujourd’hui, évolue selon des dynamiques incompatibles avec les contraintes inhérentes à des ressources finies. Lorsque l’on regarde par exemple le volume de teraoctets générés par les applications de visioconférence et la sauvegarde des fichiers dans des datacenter, on comprend que l’impact du numérique est désormais macroscopique dans les émissions directes de CO2 (relatives à l’utilisation des services) et indirectes (liées par exemple à la fabrication des dispositifs).

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