Féminisme et protection des données, pourquoi les croiser ?

Pour la chercheuse Gloria González Fuster réconcilier féminisme et data science permettrait notamment de lutter contre le cyberharcèlement. Elle défend l'idée d'une approche féministe de la protection des données.

Gloria González Fuster - ©Romane Mugnier pour L'ADN

Cyberharcèlement, revenge porn, exploitation des données personnelles à des fins malveillantes… Internet est loin d’être un safe space pour les femmes et les minorités de genre. C’est l’une des raisons qui a poussé la chercheuse spécialiste du droit et de la protection des données, Gloria González Fuster, à envisager les réseaux et les données qui y circulent avec une approche féministe. De passage à la Gaîté Lyrique dans le cadre du cycle de conférences organisé par le collectif NØ LAB en avril 2022, elle en a profité pour nous expliquer pourquoi il est indispensable de faire se croiser féminisme et protection des données.

Le concept de protection des données numériques peut paraître obscur. Dans quels cas est-ce indispensable ?

GLORIA GONZÁLEZ FUSTER : Prenons un exemple très concret. En ce moment, des dizaines de milliers d’ukrainiennes et leurs enfants traversent l’Europe pour trouver refuge. Ils vont laisser des milliers de traces numériques sur leur chemin. Des associations qui veulent leur venir en aide sont même amenées à collecter ces données numériques, en utilisant par exemple des trackers qui permettent d’indiquer lorsqu’une frontière est franchie. On peut aussi collecter des données pour organiser l’accueil dans des familles ou les enregistrer dans le système de santé d’un pays. Mais si ces données ne sont pas correctement protégées, alors elles peuvent être utilisées à des fins malveillantes. Par exemple en permettant à des officiers de police de tracer les mouvements. Les migrations placent les personnes en situation de grande vulnérabilité, et les données personnelles qui sont générées peuvent contribuer à menacer leur intégrité. En janvier 2022, le Comité international de la Croix-Rouge a par exemple été victime d’une cyberattaque d’ampleur qui conduit à la divulgation de centaines de milliers de données personnelles. Ces informations pourraient servir à menacer l’intégrité des personnes concernées.

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