Quel lien social à l'ère numérique ?

La solitude a été un sentiment très fort durant l'année 2020 et la première partie de 2021. La faute à un nouveau virus très contagieux qui a obligé des millions de personnes à rester confinés chez eux. Ainsi, hormis avec les autres membres du foyer, les liens sociaux réels ont été en grande partie absents de leurs vies pendant cette période. Alors, pour pallier la situation, beaucoup se sont tournés vers les outils numériques. Ces outils ont en effet permis d'entretenir un lien, certes virtuel, mais existant avec des amis, de la famille, etc. Sauf que le numérique peut-il vraiment aider à bâtir une relation forte avec les autres ?

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Des liens qui s'effritent depuis des années

En effet, les experts débattent encore de l'effet des technologies sur les rapports entre humains. Si personne ne remet en doute la facilitation des moyens de communication avec les réseaux et messageries en tout genre, peut-on réellement parler de lien social fort?

Pour certains, oui. Déjà, il a permis la mise en contact de gens très éloignés qui n'auraient pu continuer une relation sans les outils numériques. Ils donnent l'occasion à des personnes de différents milieux de se réunir sur des sujets qui les intéressent. Or, pour les opposants, ces regroupements sont généralement très ethno et sociocentriques, s'ouvrant peu à la diversité d'opinions et ayant une méfiance envers les autres groupes. De plus, l'image sociale diffusée en ligne parait surtout égocentrique, misant à obtenir des avis positifs pour renforcer sa vision de soi.

Il serait alors facile de démoniser le numérique en l'accusant d'être responsable de cette dégradation des liens interpersonnels. Or, le sociologue Nathan Stern rappelle dans une conférence donnée à l'université de Genève que ceux-ci vont en baissant depuis un temps, avant même l'apparition des réseaux.

Les milieux de socialisation locaux connaissent une baisse de fréquentation, les unions durent beaucoup moins longtemps et, en France, le tiers des personnes vivent seules. Nous nous retrouvons donc dans un contexte social où les rapports sont davantage envisagés sous l'angle utilitaire. Les réseaux quant à eux ont surtout été pensés en fonction du divertissement plutôt que de réel lien. Non pas qu'il n'existe pas mais il est peu encouragé. Comme le rappelait une autre intervenante de la conférence, des documentaires ont montré qu'ils étaient conçus pour susciter la dépendance par les algorithmes et faciliter la polarisation puisque celle-ci mène à plus d'interactions et donc à de potentiels consommateurs.

À proprement parler, le numérique ne favorise pas le lien social d'emblée. Pour Stern, il faudra des créateurs d'applications qui misent réellement sur le support, l'empathie et la connexion humaine. Ce qui est encore minoritaire dans les utilisations des outils numériques.

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